5. La formation d’un « patron » de jazz-club

Thomas Bramerie, Stéphane Belmondo, Eric Legnini, Lionel Belmondo et Jean-Pierre Arnaud (premier plan) en compagnie de Jean Pelle (derrière la lampe) qui a contribué à les lancer en les programmant au Pelle-Mêle

Thomas Bramerie, Stéphane Belmondo, Eric Legnini, Lionel Belmondo et Jean-Pierre Arnaud (premier plan) en compagnie de Jean Pelle (derrière la lampe) qui a contribué à les lancer en les programmant au Pelle-Mêle

[285] Né en 1940, Jean Pelle est « tombé dans le jazz » à douze ans, quand il écoutait les disques de jazz traditionnel du père d’un de ses camarades de classe, puis les disques de jazz « moderne » (notamment les Jazz Messengers, connus en France à partir de 1957) qu’ils achetaient chaque semaine, enfin comme auditeur occasionnel des soirées du Saint-James. « Etudiant pendant trois milliards d’années » 1, il tente une série de formations sans en obtenir les diplômes afférents.

« J’ai commencé les études en sciences en 58, donc j’ai fait une propé [deutique : première année d’études supérieures], après un PC [i.e. la filière « physique-chimie »], après j’ai fait deux certifs de chimie, j’ai fait maths mais ça me faisait chier, je suis parti ensuite à l’armée, en Algérie en 62, je suis rentré en 62-63, là j’ai repris droit, et sciences politiques après pour terminer [à l’IEP de Paris], j’ai fait [la section] service public, je me suis présenté au concours de commissaire mais je me suis planté à l’oral, pour raisons politiques, j’avais eu des problèmes en Algérie avec le régiment disciplinaire, j’ai échoué au concours d’entrée à l’ENA, parce que je n’ai pas travaillé, ce n’était pas mon truc… Mon père voulait que je sois fonctionnaire ».

Pelle revient donc à Marseille après son échec à l’ENA, et reprend l’activité de disquaire qu’il avait investie en 1961 pour contribuer au financement de ses études. Il enchaîne par la suite, en tant que disc jockey, ce qu’il appelle les « affaires », c’est-à-dire les boîtes (dancings ou piano bars) : le Scotch Club d’abord (« le seul club de Marseille véritablement, il ouvrait à vingt-deux heures jusqu’à deux heures du matin quasiment, et là à deux heures j’avais le droit de ne plus enchaîner les disques, et je passais Sarah [Vaughan], Dizzy [Gillespie], Ella [Fitzgerald] et tout, et les deux propriétaires me disaient « putain ce n’est pas un club de jazz » »), le Pourquoi en 1966, où quelques jazzmen viennent jouer parfois, le Why Note [sic] en 1967 (une « boîte homosexuelle [avec] du jazz tous les jours à l’apéritif », puis le King dont il est cette fois gérant, « une affaire sur le Vieux Port qui faisait cinq cents mètres carrés, réservée aux jeunes, mais comme j’avais une trésorerie intéressante, je réservais une soirée par semaine pour le jazz »), puis La Romana, pizzeria avec « du jazz une à deux fois par semaine là aussi, avec des musiciens d’ici », et enfin le Passe-Temps en 1972, « une discothèque de cinquante mètres carrés, là j’étais associé », avec « que de la pop » et du jazz une fois par semaine.

C’est essentiellement grâce à la programmation du Passe-Temps qu’il crée quelques liens avec les jazzmen de la ville, qui n’étaient « pas énormément » selon lui : « des gens de cette classe du Conservatoire, comme Jean-Paul et Louis Florens, ou Jean-Loup Longnon [fils de Guy Longnon, le professeur de la classe de jazz du Conservatoire], ou alors des gens qui jouent encore ici comme Roger Luccioni. C’est aussi là que Jean-Pierre Arnaud a fait ses premiers concerts ». Il évoque aussi le passage d’André Jaume, Daniel Humair, Aldo Romano ou Didier Lockwood (vedettes internationales). Enfin, il parvient en 1978 à devenir propriétaire de sa propre « affaire », une pizzeria qu’il transforme en jazz-club l’année suivante : le Pelle-Mêle.

  1. Entretien avec Jean Pelle, 11 avril 1998. Les citations qui suivent en sont extraites.