2. L’enthousiasme du JAPIF (1982)

[265] Le Jazz Action Paris Ile-de-France (JAPIF) est une association créée en février 1982 pour promouvoir le jazz et les musiques improvisées, dans le sillage des nouvelles mesures élaborées au même moment par le ministère de la Culture en faveur de ces musiques. Son siège est situé au Dunois, théâtre et club dirigé par Sylvain Torikian dont la programmation est exclusivement centrée sur l’avant-garde des musiques improvisées que le soutien étatique contribue à consacrer. Les premiers projets témoignent de l’enthousiasme de ses membres dans ce contexte où des possibles inédits semblent s’ouvrir.

Deux de ses initiateurs, Gérard Terronès et Jean-François Michel, rencontrent ainsi Jean Carabalona le 21 mars 1982 avant même de disposer de locaux (cœur du projet, qui ne verra pas le jour). Le compte rendu de leur réunion relève le souhait que l’action du JAPIF s’étende à l’ensemble de la région, la possibilité d’obtenir du Ministère une subvention de fonctionnement, une prise en charge à 50 % du déficit prévisible des actions de programmation, la création d’emplois permanents au titre du développement culturel, l’incitation à s’adresser aussi à la Ville de Paris, à la Région Ile-de-France, au Ministère des Affaires étrangères (pour des tournées internationales) et aux départements de la région 1. De même, des commissions ambitieuses sont mises en place : information ; rapports avec la région parisienne (assistance aux musiciens), création (commandes, studio de répétition, programmation), centre de documentation, d’information et de recherche, animation et diffusion.

Les premiers membres du JAPIF sont Alain Bideau (vice-président), Jean Buzelin, Denis Constant, Pierre Dalous, Daniel Deshayes, Alex Duthil (président), Pascal Jutard, Corinne Léonet (secrétaire), Pierre Lère, Didier Levallet, Jean-François Michel, Jean Rochard, Jean-Paul Rodrigue, Daniel Soutif, Gérard Terronès, Sylvain Torikian (trésorier). Dès décembre 1982, s’y ajoutent Frank Bergerot, Jean-Jacques Birgé, Ella Bobert, Marie Coudert, Laurent Goddet, Horace, Sylvain Kassap, Daunik Lazro, Bruno Régnier, Christine Simonin, Eric et Odile Terronès, Bruno Tocane, Renée Tornier, Gérard Tourtrol, Gilles Vachia.

Mais si le JAPIF organise le Premier Salon du Jazz et des Musiques Improvisées du 21 au 24 avril 1983, avec des stands de l’ensemble des professions du jazz, l’enthousiasme retombe assez vite par la suite. Le projet d’une Maison du Jazz comme ceux de lieux de répétition et de diffusion font long feu faute d’énergie à y consacrer et du fait de l’hétérogénéité des aspirations de ses membres, partagés entre musiciens, journalistes et diffuseurs, et entre réseaux esthético-professionnels divergents. Les principaux animateurs de l’association se concentrent rapidement sur le Centre d’Information du Jazz : commission du JAPIF créée en octobre 1982 bien que financée directement par le CENAM (à hauteur de 150 000F, avec aussi une subvention du Ministère de 100 000F), le CIJ s’autonomise, tout en restant dans les locaux du CENAM, à partir de janvier 1984 sous la direction de Laurent Goddet – aussi administrateur du second Salon européen du Jazz qui se tient en septembre 1984 dans le cadre de l’Année européenne de la musique. Entretemps, sa principale production est la publication des fichiers de coordonnées des agents professionnels du secteur 2. Suite au décès de Laurent Goddet, Pascal Anquetil lui succède en juin 1985 à la tête du CIJ, depuis intégré à l’IRMA (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles).

Le 23 avril 2014, l’IRMA annonce par un communiqué de presse la fermeture de ses trois centres d’information et de ressources : le CIR (rock), le CIMT (musiques traditionnelles) et le CIJ. Après trente ans d’activités qui ont directement contribué à la structuration des mondes professionnels du jazz, la fin du CIJ suscite de nombreuses réactions dans le milieu, dont une pétition de soutien lancée par des musiciens et qui au 31 mai 2014 avait déjà recueilli 2115 signatures. Pascal Anquetil a écrit à cette occasion une « petite histoire subjective du CIJ » qu’on peut lire ici.

  1. Archives aimablement fournies par Denis Constant.
  2. Luc Delannoy, Didier Levallet, Patrick Amine, Le guide du jazz 1982. Paris-banlieue, Paris, Editions Capitales, 1982 ; Luc Delannoy, avec la collab. de Didier Levallet, Gérard Rouy, Philippe Vincent, L’annuaire du jazz 84. 2 : les régions, Paris, Musiques et média / CENAM, 1983.