1. Une commission « créative » (1982)

[262] La composition de la Commission nationale pour le jazz et les musiques improvisées, créée en 1982 par le nouveau Ministère de la culture dirigé par Jack Lang, n’a jamais été rendue entièrement publique. A partir des « remboursements de déplacements » conservés dans les archives du Centre national d’animantion musicale (CENAM), Michaël Paris en relève néanmoins les principaux membres 1. Philippe Carles, Alain Guerrini et Alex Duthil auraient été, d’après les témoignages rétrospectifs, les principales autorités pesant sur les discussions.

Parmi les membres de la Commission portés, exclusivement ou non, vers les modalités alors dites « créatives » de jazz, Philippe Carles, né en 1941, est journaliste, rédacteur en chef de Jazz Magazine depuis 1971 et producteur à France Musique. Alex Duthil, né en 1949, est journaliste à Jazz Hot de 1972 à 1980 puis producteur à France Musique, avant de reprendre la rubrique « jazz » du Monde en 1983, la direction du CENAM en 1984 et, en 1992, la direction du Studio des Variétés et de Jazzman (supplément du Monde bientôt autonomisé). Jean-Paul Gambier est journaliste, fondateur de Radio Clapas en 1978 (Montpellier) et en 1982 de la Fédération des radios associatives non commerciales de Languedoc-Roussillon. Maurice Merle, né en 1945, est un musicien membre fondateur de l’Association pour la recherche d’un folklore imaginaire (ARFI) de Lyon, et président du Collectif national des associations de jazz et de musiques improvisées (CNAJMI) créé en 1982. Marion Piras, animatrice membre du CENAM et de Jazz Action Paris Ile-de-France (JAPIF), crée en 1986 l’agence Inclinaisons, devenue rapidement l’une des principales agences européennes de musiciens improvisateurs. Louis Sclavis, né en 1953, est un improvisateur passé par l’ARFI de Lyon. Benoît Thiebergen est le programmateur du festival de jazz et de musiques improvisées de Grenoble fondé en 1973.

Parmi les membres de la commission plutôt portés vers les jazz « patrimoniaux », Alain Guerrini, né en 1941, est un musicien et enseignant, fondateur de la première école spécialisée en 1976, le Centre d’information musicale qui publie l’organe professionnel Le Jazzophone de 1978 à 1984 ; il reste néanmoins ouvert aux jazz contemporains dans une logique de soutien à la profession des musiciens de jazz français. Raymond Fonsèque, musicien né en 1930, est président du Jazz Club de France et représentant du Syndicat national des artistes musiciens (CGT). Alain Brunet, musicien et enseignant né en 1955, a créé le département de jazz du Conservatoire de Romans avant de devenir sous-préfet d’Albi en 1983, puis en 1989 conseiller technique au Ministère de la culture et en 1992 membre du cabinet de Jack Lang.

La commission comprend aussi des représentants de l’Association technique pour l’action culturelle (ATAC), de l’Office national de diffusion artistique (ONDA) et de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM).

Il est toujours malaisé d’établir l’importance de telles commissions dans l’élaboration des mesures et décisions publiques, d’autant plus quand elles s’accompagnent de rencontres plus informelles (ce qui ne veut pas dire secrètes) comme par exemple ces repas « réguliers » qu’évoque en 1984 Gérald Arnaud, alors rédacteur en chef de Jazz Hot, à partir d’une photographie montrant Jacques Delors, Jack Lang, Jean Carabalona, Maurice Fleuret, Jacques Sallois (directeur de cabinet), Olivier Hutman, Richard Dartigues et les musiciens Jean-Louis Chautemps, François Jeanneau, Martial Solal, Michel de Villers (des « anciens » portés vers le jazz contemporain voire le free jazz à l’exception du dernier) 2.

  1. Michaël Paris, La politique du jazz 1981-1988, Mémoire de maîtrise d’histoire, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 1996, p. 60-61.
  2. Gérald Arnaud, « Vive la crise du jazz ! », Jazz Hot, n°409, avril 1984, p. 5.