10. Le festival « pop et free » d’Amougies (24-28 octobre 1969)

Affiche du festival (imprimée avant l'interdiction du Parc de Sceaux et le transfert à Amougies)

Affiche du festival imprimée avant le transfert à Amougies : il en existe avec indiqué « Pelouse de Reuilly (Vincennes) » et « Tournai (frontière franco-belge) »

[248 - indiqué 9] On retrouve une grande partie des musiciens africains-américains du Festival Panafricain d’Alger et des enregistrements réalisés par BYG/Actuel, au Festival d’Amougies. Ce « Festival pop et free » a lieu du 24 au 28 octobre 1969, organisé par l’équipe d’Actuel avec le soutien de la Fondation Ricard. Prévu au Parc de Sceaux, la Préfecture de Paris l’a interdit – contribuant ainsi à ériger Actuel et son équipe en artisans « subversifs » de la « contre-culture », et à y installer durablement la pop music et le free jazz. Le festival ainsi passé à la postérité comme « d’Amougies » est calqué sur le modèle des festivals de l’île de Wight (août 1968 et 1969) et de Woodstock (août 1969). Il programme cependant moins de chanteurs « folk » et ajoute une programmation de musique contemporaine (Pierre Mariétan) et surtout de free jazz. Parmi les groupes pop, on trouve notamment Captain Beefheart, Gong, Pink Floyd, Pretty Things, Soft Machine, et pour le free jazz: l’Art Ensemble of Chicago, Anthony Braxton, Dave Burrell, Don Cherry, Burton Greene, Jean-François Jenny-Clarke, Robin Kenyatta, Joachim Kühn, , Steve Lacy Grachan Moncur III, Sunny Murray, Archie Shepp, Alan Silva, John Surman, Kenneth Terroade, Jacques Thollot, Franck Wright.

Un documentaire de la RTBF (1969) sur l’organisation et le déroulement du festival.

Un témoignage parmi de nombreux autres, celui de Jean-Noël Coghe (propos recueillis par Nicolas Camier) :

« Wattrelosien et fan de rock, Jean-Noël Coghe fait ses armes comme porte valise d’artiste et pigiste pour Nord éclair ou Rock & Folk. Celui qui fit découvrir Hendrix à la France est au cœur de l’histoire du «­ Festival Interdit ». Récit des coulisses.

Captain Beefheart au Festival d’Amougies

Comment vous êtes-vous retrouvé dans l’aventure­ ?

Au départ, il y a Joe Demkine. Il dirige un théâtre progressif à Bruxelles. Je le connaissais par des amis musiciens de Wattrelos. Il organise un festival en juin­ 69 à Anvers avec des inconnus ­: Nice, Yes, Colosseum… Je vivais dans l’organisation et je couvrais pour la RTB et Rock & Folk. C’est un triomphe et Joe m’envoie à Paris pour voir comment réitérer là-bas. Je rencontre Jean Georgakarakos, un fou mi-grec, mi-breton. Il me dit­ : « ­Banco. Fais une liste des groupes rock, trouve un lieu ­». Il voulait y associer le free jazz car il lançait une série d’enregistrements baptisés Actuel avec des Américains. Ça a donné son nom au festival. Je me souviens des 40 jazzmen black qui avaient débarqué dans son appart’. Les mecs jouaient du saxo dans la baignoire… Sauf que le festival ne se fera jamais à Paris. Il y a des relents de 68 et les autorités ont peur du bordel. J’ai d’abord pensé aux Halles. C’était super ­: un pavillon pour chaque style, des bars autours. C’est refusé. On va trouver quatre lieux en banlieue. Même chose à chaque fois. Au même moment, un petit con veut organiser un festival à New York et se retrouve suite à un refus dans un bled de campagne appelé Woodstock. Personne n’a copié personne. Tout s’est fait en même temps. Il y avait un besoin de se réunir. Bref, à deux semaines de la date fixée, on n’avait toujours pas de lieu. Puis vient la Belgique. Début octobre, réunion à Tournai. Les échevins sont d’accord. Le lendemain, Nord éclair titre « ­100­000 hippies à Tournai­ ». L’image du festival rock, c’était les filles aux seins nus. Alors la ville catho s’est étranglée au matin. Plus possible. Après j’obtiens l’accord de Courtrai. Et au dernier moment, « ­niet­ ». Puis le bourgmestre d’Amougies va se proposer.

Et les gens sont venus­ ?

RTL était partenaire, des bus sont affrétés. Le préfet de région a posté des flics à tous les postes frontaliers pour emmerder le monde. J’ai su plus tard que Jacques Legendre, actuel sénateur, était dans les brumes d’Amougies avec… le fils du préfet ­! Il y a eu 15 à 18 ­000­ personnes chaque soir. Il y avait les vrais et un public déguisé qui tombait le costard au fond d’un café.

Quel est votre rôle pendant le festival­ ?

J’accueillais la presse. Derrière le chapiteau, il y avait une caisse avec un téléphone que je prenais tous les jours pour faire des flashs en direct pour la RTBF.

Vos meilleurs souvenirs­ ?

Quand Pretty Things a réveillé tout le monde à 3­h du mat’ [le batteur du groupe grimpe dans les cordes du chapiteau avec sa cymbale] ou quand Zappa qui jouait les M. Loyal a rejoint les Floyd pour un bœuf. Les souvenirs, j’en ai mille. »

Pink Floyd au Festival d’Amougies

D’autres souvenirs et anecdotes ici.