12. L’émergence de l’animation socio-culturelle (années 1960)

[250 - indiqué 11] Quelques brefs repères sur l’émergence de l’animation socio-culturelle 1 – analysée dans l’ouvrage comme l’un des contextes de circulation de l’avant-garde du free jazz dans les années 1970.

L’animation s’inscrit historiquement dans le prolongement des activités de charité et de travail social, de la décentralisation théâtrale (autour du « théâtre populaire ») et des politiques d’encadrement de la jeunesse – qui renvoient à l’entre-deux-guerres (scoutismes, auberges de jeunesse, organisations de jeunesse des partis et syndicats) et au Front Populaire, puis à la républicanisation des institutions mises en place par le régime de Vichy (Centres de formation des cadres de la jeunesse, Haut Commissariat à la jeunesse, Maisons de jeunes). L’animation marque néanmoins un changement de cadre puisque ce ne sont plus des activités définies et classées essentiellement par leur fonction sociale (lutte contre la misère, développement culturel, prise en charge des loisirs…) mais des catégories segmentées de populations définies par leurs « besoins » qui sont ciblées et prises en charge sous plusieurs aspects (ce qu’indique alors l’ajout du préfixe « socio » à « éducatif » ou « culturel ») : jeunes, travailleurs immigrés, jeunes travailleurs, jeunes délinquants, mères célibataires, chômeurs, travailleurs ruraux, etc. L’insistance sur les « jeunes », ainsi que les quelques repères chronologiques qui suivent, montrent que l’un des enjeux – outre, pour le dire vite, la « gestion » fragmentée des classes populaires – consiste à encadrer les générations du baby-boom.

Le IVe Plan du Commissariat au Plan (1961-1965) emploie pour la première fois le terme d’animateur pour désigner les « cadres de la jeunesse ». Il s’agit de favoriser l’émergence d’animateurs professionnels par opposition aux bénévoles de l’éducation populaire, tout en créant le personnel destiné à occuper les équipements créés dans le cadre des nouvelles politiques culturelles (création des Maisons de la culture, la première ouvrant à Bourges en 1963) et surtout de celles d’urbanisme (création des Zones d’urbanisation prioritaire en 1958). En 1961 est promulguée une loi sur les congés (non rémunérés) des jeunes travailleurs salariés pour se former à l’encadrement des organisations de jeunesse, d’éducation populaire et de loisirs de plein air. En 1964, le Diplôme d’Etat de conseiller d’éducation populaire est créé (d’autres diplômes apparaissent en 1970 et 1973), ainsi que la première Ecole d’animateurs de loisirs (par l’Union Française des Colonies de Vacances). Paraît aussi cette année-là le premier ouvrage consacré à la définition de la notion d’animation : Jacques Charpentreau et ali, L’animation culturelle, Paris, Editions Ouvrières, 1964. En 1966 a lieu le premier Congrès national de l’animation, alors qu’est promulguée une loi sur la formation professionnelle, prolongée en 1971 par une loi sur le droit des salariés aux congés de formation. Les Cahiers de l’animation sont enfin créés en 1972. Durant les années 1970, l’animation se développe et participe des débats sur l’apparition d’une « nouvelle classe moyenne » autour de ce type de nouveaux métiers professionnalisés et des nouveaux diplômés qui s’y engagent, au point de devenir un enjeu électoral. Pour le dire là aussi très vite, le Parti socialiste promeut les notions d’animation et d’autogestion autour de la « reconnaissance » de toutes les formes culturelles, quand le Parti communiste français défend les notions d’action culturelle et d’éducation populaire autour des questions d’autonomie de la création et d’intégration du peuple à un patrimoine culturel commun.

  1. Pour une histoire plus détaillée : Jean-Marie Mignon, Une histoire de l’éducation populaire, Paris, La Découverte, 2007.