8. Des flons-flons africains-américains (1917-1919)

Jim Europe

Jim Europe (1881-1919)

[96] L’histoire des orchestres militaires africains-américains de la première guerre mondiale explique en partie comment a pu se diffuser dans les réseaux d’interconnaissance et la presse africaine-américaine l’image d’une France color-blind (indifférente à la couleur de peau) et, avec, le pressentiment d’un créneau lucratif pour les musiciens africains-américains parmi les établissements de danse et de music-hall.

Les orchestres les plus réputés sont le 370th Infantry Band ou Black American 8th Illinois National Guard Regiment’s Concert Band (régiment de la Garde Nationale de l’Illinois), dirigé par George Dulf, qui tourne dans le nord et l’est de la France avec la soprano chicagoane Anita Brown, le 807th Pioneer Infantry, un bataillon de travailleurs, et son chanteur vedette Opal Cooper qui restera en France après la démobilisation pour faire fructifier ses Red Devils, le 158th Infantry Band dirigé par A. R. Etzweiler, qui enregistre quelques faces pour la firme Pathé, le Scrap Iron Jazz Band, l’orchestre de Will Vodery dont l’un des saxophones ténors est Sam Wooding, qui connaîtra le succès après-guerre en tant que chef d’orchestre, ou encore le 350th Artillery Band dirigé par le lieutenant J. Tim Brymm, composé de soixante-dix musiciens et ainsi surnommé le Seventy Black Devils, qui joue pour le président Wilson durant la Conférence de la Paix.

Mais le plus célèbre d’entre tous est celui du 369th Infantry, dirigé par James Reese (Jim) Europe, ancien rival de Tim Brymm sur la scène new-yorkaise, et composé de musiciens réputés – notamment : le compositeur, cornettiste et percussionniste Noble Sissle, le cornettiste Jaçon Frank de Braithe, le percussionniste Buddy Gilmore, le trompettiste Arthur Briggs et le danseur et comédien Bill « Bojangles » Robinson.

Un mini-documentaire sur James Reese Europe et ses Hellfighters, avec plusieurs extraits musicaux en fond sonore

Son succès est significatif tant du statut qu’ont ces orchestres dans l’armée étatsunienne que de leur réception en France 1. Jim Europe – un nom prédestiné et non un pseudonyme d’occasion – est en effet devenu dès avant-guerre une figure harlémite musicale, mais aussi politique. Il est né le 22 février 1881 à Mobile, Alabama, et a suivi un cursus musical scolaire à Washington à partir de 1891. Il s’installe à New York en 1904 afin de trouver un emploi de chef d’orchestre (classique) à la faveur d’un contexte d’apparence favorable pour les orchestres noirs : la première comédie musicale présentée comme africaine-américaine avait fait sensation à Broadway à l’été 1898 et ouvert un créneau en partie démarqué des stéréotypes scéniques issus des minstrel shows 2. Cependant, la fermeture du marché classique aux musiciens noirs, instrumentistes et compositeurs, dont certains tentaient d’élaborer un style classique à partir du ragtime, semble définitive après l’échec de la New Amsterdam Musical Association, délibérément installée en janvier 1906 près de Times Square (le quartier des établissements new-yorkais blancs). Créée à partir de quelques réseaux individuels pour instituer une sorte de bourse du travail susceptible d’élargir le créneau des établissements blancs, elle ne parvient qu’à donner un concert au New Amsterdam Opera House le 28 février, et à faire accompagner par le New Amsterdam Orchestra, le 10 mai, les réputées Whitman Sisters pour un récital aux Palmer Gardens. Comme beaucoup d’autres, Europe décide alors d’abandonner ses ambitions classiques pour investir le marché du colored entertainment. Mais sur celui-ci, les troupes noires restent cantonnées à Harlem, c’est-à-dire à l’écart du créneau florissant des hôtels, restaurants et bientôt cabarets downtown (centre-ville, quartier bourgeois blanc), malgré l’intérêt porté par Broadway pour les danses et musiques d’origines noires dans la lignée du minstrel, et malgré les visites croissantes à Harlem de la nouvelle élite intellectuelle, artistique et bourgeoise blanche.

C’est pour profiter de cette opportunité et franchir la barrière raciale que Europe crée le Clef Club en 1910, où les musiciens affluent après le succès de son premier disque en 1914 (il prend alors le nom de Tempo Club). On attribue en effet à Europe l’invention du one-step (aussi attribué au compositeur W.C. Handy), pas de danse associé au fox-trot que le couple Castle a emprunté et popularisé grâce aux deux tubes de 1914 composés par Europe, Castle Lame Duck Waltz et Castle House Rag. Il s’agit du premier enregistrement sous contrat d’un orchestre noir : malgré sa réputation, il n’obtient qu’un seul cent par disque, puisqu’il est noir – mais son revenu global de l’année 1914 dépasserait les 100 000 dollars.

Castle House Rag, par le Europe’s Society Orchestra, enregistré par Victor Records le 10 février 1914 « sous la supervision de Irene et Vernon Castle » – avec de nombreuses photographies de James Reese Europe et de ses orchestres

Le Tempo Club est à la fois un orchestre, une salle de concert et, surtout, une bourse du travail pour les musiciens africains-américains new-yorkais : il redistribue l’essentiel des emplois pour les soirées privées et les prestations dans les restaurants et hôtels de Harlem, mais aussi du centre de Manhattan. Europe fréquente ainsi, comme une sorte d’employé de marque, l’élite new yorkaise blanche. Il produit les triomphaux Clef Club Carnegie Hall Concerts en mai 1912, 1913 et 1914, qui remplissent la salle prestigieuse d’un public noir inédit. Qui plus est, il ne cesse d’inscrire sa carrière et ses succès dans la lutte contre la ségrégation économique et territoriale et le développement d’une fierté noire d’orientation assimilationniste.

Europe est alors sans nul doute l’un des mieux placés pour répondre à la demande de l’armée étatsunienne. Le colonel (blanc) William Hayward (Garde Nationale du Nebraska) se voit en effet confier en juin 1916 la tâche de former le 15th Heavy Foot Infantry Regiment (noir) of the New York National Guard. La logique est ici politique plus que militaire : il s’agit de faire face aux émeutes raciales qui se multiplient dans le pays en intégrant des soldats noirs à l’armée et en favorisant par ce biais le patriotisme et, avec, l’allégeance institutionnelle au sein des populations noires. C’est ainsi que faute de moyens attribués à l’armée pour réaliser cette décision symbolique, Hayward doit s’adresser au maire de New York afin d’obtenir une caserne, une armurerie et un bureau de recrutement. Les recrues sont d’abord peu nombreuses malgré la publicité musicale. Egbert E. Thomson, chef de la section des cuivres de l’orchestre du Tempo Club, est chargé de jouer pour les parades et d’organiser des concerts, mais sans succès, puis de recruter des musiciens pour former un orchestre, mais peu acceptent d’abandonner leurs emplois et leurs salaires pour un orchestre militaire, et encore moins les plus réputés du marché.

Hayward s’adresse alors à James Reese Europe, qui s’est engagé le 18 septembre 1916 dans une logique de fierté raciale et est devenu, fait rare, après avoir passé le concours d’officier, first lieutenant affecté à la direction d’une usine d’armement. Hayward lui demande de former un orchestre susceptible de dépasser la réputation du Black American 8th Illinois National Guard Regiment’s Concert Band (celui de George Dulf et d’Anita Brown). Il mobilise pour cela des financements privés – par exemple John D. Rockfeller Jr. ou Daniel G. Reid, contactés grâce à l’entregent de Europe – pour acheter les instruments, recruter non plus seulement 28 mais 65 musiciens et passer de la publicité dans les journaux noirs. Il fait aussi muter Noble Sissle, pianiste et compositeur parmi les plus réputés des musiciens africains-américains 3, qui s’est engagé le même jour que Europe. Des musiciens des 9th et 10th Cavalries et des 24th et 25th Infantries répondent dès lors à l’appel, et Europe part en mission à Puerto Rico pour recruter treize anches – signe que l’affaire est prise au sérieux tant par Europe que par sa hiérarchie directe. Au total, la plupart des recrues sont multi-instrumentistes, danseurs et comédiens : d’orchestre militaire, l’orchestre devient orchestre de music-hall et de danse 4. Il reçoit une formation militaire et participe à la Memorial Day Parade de New York le 30 mai 1917 – après avoir été refusé pour de nombreuses parades et été l’objet de campagnes politiques racistes 5.

Le régiment embarque le 14 décembre 1917 à Hoboke (New Jersey), et arrive en France, scindé en deux, à Saint-Nazaire et Brest, le 1er janvier 1918. L’orchestre se produit à Brest et sur le chemin de Brest à Saint-Nazaire, avant d’être embauché par le général John Pershing comme orchestre de l’état-major pour accueillir les officiers anglais et français. Suite au passage des troupes noires sous commandement français, il devient le 369e Régiment d’Infanterie US et est affecté à la 16e Division de l’armée française. Cependant, les troupes étatsuniennes réclamant l’orchestre par l’intermédiaire de leurs officiers, Pershing le missionne pour une tournée de six semaines sous le commandement du capitaine Arthur Little, du 12 février au 29 mars 1918, dans vingt-cinq villes dont Angers, Sancaize, Moulins, La Ferté, Varenne, Créchy, Saint-Etienne, Lyon, Culoz, Saint-Germain-des-Fossés. Le premier concert est donné à l’opéra de Nantes pour l’anniversaire de Lincoln le 12 février, au bénéfice d’une institution de charité française. L’orchestre arrive à Aix-les-Bains le 15 février où il séjourne un mois, avec un prolongement de deux semaines en raison de son succès – Arthur Little, le capitaine du régiment, rapporte dans son récit ultérieur de l’expérience de guerre des troupes africaines-américaines qu’au moment du départ, « quand nous sommes arrivés à la gare et que le train est entré, ou plutôt s’est faufilé, un groupe de policiers et d’employés de la gare avait dû le précéder pour dégager la voie [et quand le train partit], la foule ne cessait d’acclamer ; les femmes et les enfants pleuraient » 6. En avril, le régiment part combattre en première ligne, où il gagne le surnom de Hellfighters, attribué aussi à son orchestre demeurant pour la postérité « les Hellfighters de James Reese Europe ». Il est en Champagne de mai à juillet, où il essuie une offensive allemande, puis prend part à la première offensive étatsunienne de juillet à la mi-octobre, ce qui lui vaut l’octroi d’une Croix de Guerre collective, la première pour des soldats non nationaux, outre les cent soixante et onze distinctions individuelles. Le 18 novembre 1918, il est enfin la première unité alliée à atteindre le Rhin.

Entre-temps, l’orchestre s’est fait remarquer au Théâtre des Champs-Élysées en août 1918, pour une cérémonie officielle en présence du président Poincaré. Il s’est produit ensuite à plusieurs occasions dans la capitale, par exemple devant l’hôpital de la Croix Rouge en septembre et au jardin des Tuileries en novembre, pendant les festivités de l’armistice. En janvier 1919 pourtant, l’état-major étatsunien refuse que l’orchestre participe à la parade militaire de la victoire, de l’Arc de Triomphe à la Bastille – il demande aussi de n’inscrire aucun soldat africain-américain sur les stèles d’hommage aux combattants morts. Mais le contexte d’émeutes et de luttes raciales est tel aux Etats-Unis que le 17 février 1919, le régiment et son orchestre sont finalement placés en tête de la parade new-yorkaise sur la Cinquième Avenue, juste derrière le cortège des personnalités officielles, et ainsi acclamés. La parade continue sur Lenox Avenue, rassemblant plusieurs dizaines de milliers de Harlémites, et se termine par un dîner d’hommage donné par la mairie de New York au Carnegie Hall, en présence du ministre de la guerre, du gouverneur et de l’ex-président William Howard Taft.

Extrait du film Men of Bronze de William Miles, montrant des régiments africains-américains lors de la parade de la victoire à New York, en particulier sur Lenox Avenue (Harlem), le 17 février 1919, ainsi que des témoignages

Un mois plus tard, les Hellfighters partent, après deux concerts au prestigieux Manhattan Opera House, en tournée internationale, revenant notamment à Paris où ils enregistrent seize disques pour la firme Pathé 7 – le créneau est devenu porteur. L’aventure se termine le 9 mai 1919 à Boston par un fait divers, un musicien de l’orchestre tuant Europe d’un coup de revolver pendant un concert.

Les témoignages d’Arthur Little et de Noble Sissle permettent de saisir, à traits certes grossis, la réception de l’orchestre, et surtout l’impression extraordinaire qu’elle laisse aux musiciens africains-américains. On remarque en particulier la mise en scène de la réaction des officiers français et étatsuniens blancs dans ce récit lyrique que fait Noble Sissle, quelques décennies plus tard, des concerts des Hellfighters à Aix-les-Bains :

« Le programme a commencé avec une marche française, suivie d’une sélection d’airs favoris de notre quartet vocal masculin, qui ont tous été chaleureusement applaudis. La seconde partie a débuté avec The Stars and Stripes Forever, la grande marche de Sousa [qu'il avait jouée à l’Exposition Universelle de 1900], et avant même la dernière note la salle croulait sous les acclamations. Puis a suivi un arrangement de mélodies de plantation [plantation melodies], et enfin est arrivée la pièce maîtresse, The Memphis Blues. Avant d’élever sa baguette, le lieutenant Europe a épousseté ses épaules pour s’assurer que son manteau militaire parfaitement ajusté soit à la hauteur de la situation, un musicien a calé ses jambes, les joueurs d’hélicon ont aspiré la salive de leur instrument, les percussionnistes resserré leurs toms, chacun s’est reculé sur sa chaise, a fermé à demi les yeux, et quand la baguette a plongé et fait jaillir un fracas à chavirer les âmes, le chef d’orchestre et les musiciens ont tout oublié de ce qui les entourait ; ils voyageaient dans d’autres sphères et dans leurs souvenirs [du pays]. Le cornettiste et le clarinettiste ont commencé à jouer dans ce rythme typique (ce rythme qu’aucun artiste n’a jamais pu coucher sur le papier), et comme les percussionnistes enfonçaient le clou [struck their stride], leurs épaules finirent par s’agiter au rythme des frappes syncopées. Alors c’était comme si tout le public s’était mis à se balancer, les élégants officiers français tapant du pied tout comme le général américain, qui abdiquait provisoirement sa dignité. Le Lt. Europe n’était plus le Lt. Europe, mais Jim Europe, qui quelques mois auparavant ébranlait New York avec sa baguette syncopée. Son corps chaloupait en gestes élancés et sa tête dansait comme aux jours où régnait la suprématie des fêtes de Terpsichore. Il s’est tourné vers les trombonistes qui attendaient, assis et impatients, que vienne leur tour d’avoir un « spasme » de jazz, alors ils ont allongé leurs coulisses au maximum et les ont tirées en arrière avec ce déchirement caractéristique. Le public n’en pouvait plus, le « germe du jazz » le frappait et il atteignait son point vital, relâchant ses muscles et causant ce qui est connu en Amérique comme un « eagle rocking it » [littéralement : un aigle qui le secoue]… A travers toute la France, la même chose s’est reproduite. Les trains militaires qui transportaient des soldats alliés de toutes origines nous croisaient sur le chemin, et toutes les têtes sortaient des fenêtres quand on lançait un bon vieil air Dixie [du sud étatsunien]. Même les prisonniers allemands oubliaient qu’ils étaient prisonniers, interrompaient leur travail et tapaient du pied au son de ces airs américains si enthousiasmants. Mais le summum est arrivé dans le nord de la France. On jouait le ragtime favori de notre colonel, The Armys Blues, dans un petit village que nous étions les premières troupes américaines à investir, et parmi la foule qui écoutait cet orchestre se trouvait une vieille femme d’environ soixante ans. A la surprise générale, tout d’un coup elle s’est mise à faire une danse qui ressemblait à Walking the Dog. Alors j’ai été convaincu, à ma plus grande satisfaction, que la musique américaine deviendrait un jour la musique du monde » 8.

Affiche officielle "récupérant" une fierté militaire africaine-américaine (le 369e régiment représenté est mentionné comme celui qui a franchi le Rhin en premier parmi les forces alliées, et mis en regard d'Abraham Lincoln, ancien président ayant aboli l'esclavage)

Affiche officielle « récupérant » une fierté militaire africaine-américaine (le 369e régiment, « colored », est présenté comme celui qui a franchi le Rhin en premier parmi les forces étatsuniennes, et est mis en regard d’Abraham Lincoln, ancien président ayant aboli l’esclavage)

Parlant de « révolution », Arthur Little écrit quant à lui, dans l’un des nombreux articles qui évoquent les espoirs et les déceptions des Africains-Américains soulevés par la guerre et le séjour en France 9 :

« Ils ont réalisé l’impossible ! Recrutés comme des combattants, ridicule [pour le sens commun] ; entraînés et regroupés au sein du service fédéral, encore plus ridicule ; envoyés en France comme une solution politique sans danger face au problème politique volcanique ; prêtés à l’Armée française comme une autre solution facile – ces hommes ont continué. La France a pleuré pour eux – pleuré les larmes de la gratitude et de l’amour. La France a chanté et dansé et crié au son de leur musique. La France a donné sa première médaille pour un soldat américain à l’un d’entre eux. La France leur a offert la citation collective qui fait l’honneur à leur régiment bien-aimé de pouvoir faire voler les insignes de la Croix de Guerre au sommet de leurs drapeaux. La France a embrassé ces soldats de couleur – embrassés avec révérence et dans l’honneur, d’abord sur la joue droite et ensuite sur la gauche » 10.

  1. Il a aussi laissé le plus de traces. Sur James R. Europe, voir Reid Badger, A Life in Ragtime: A Biography of James Reese Europe, New York, Oxford University Press, 1995 ; Samuel B. Charters & Leonard Kunstadt, Jazz.A History of the New York Scene, Garden City, N.Y., Doubledav & Company, 1962 ; Lewis A. Erenberg, Steppin’ Out. New York Nightlife and the Transformation of American Culture, Chicago, Chicago University Press, 1984 ; et les témoignages de Willie « The Lion » Smith (Music on my mind, New-York, Doubleday, 1964), de James Weldon Johnson (Black Manhattan, New-York, Alfred Knopf, 1930) et de Noble Sissle et Eubie Blake (R. Kimball, W. Bolcom, Reminiscing with Sissle and Black, New York, Viking, 1973).
  2. Il s’agit de Clorindy, The Origin of the Cakewalk, créée par Bert Williams et George Walker. Ces derniers étaient les danseurs et chanteurs vedettes de In Dahomey de Will Marion Cook, première troupe entièrement noire à se produire sur une grande scène de New York en 1903, qui tourne en Europe, notamment à Paris, suite au succès du cake-walk.
  3. Il sera notamment le producteur et le co-compositeur (avec Eubie Blake) des revues Shuffle Along (1921) et Chocolate Dandies (1922), très remarquées (et modèles de La Revue Nègre parisienne de 1925).
  4. Outre les artistes déjà cités, on peut mentionner le saxophoniste Raphaël Hernandez, le tromboniste Ward « Trombone » Andrews, et le clarinettiste Elize Reijos. L’orchestre « pouvait faire impression face à de nombreux orchestres de danse ou de théâtre » (Charters, Kunstadt, Jazz…, op. cit., p. 66).
  5. D’août à octobre 1917, le maire de Spartanburg (Caroline du Sud), lieu du second camp d’entraînement, a refusé en vain la présence du régiment pour flatter son électorat local, dans un contexte national très tendu. En effet, peu avant, ont eu lieu les affaires les plus médiatisées : dix-sept morts blancs et treize militaires noirs pendus à Houston (Texas), après une bataille raciale déclenchée par l’hostilité des résidents blancs face à la présence de soldats noirs dans leur ville (d’après les récits, les soldats blancs défendirent leurs collègues noirs) ; et le 2 juillet 1917, le lynchage, lors du recrutement pour le 15th Regiment à Harlem et dans l’Etat de New York (soit dans le nord-est, réputé moins raciste), de cent à deux cents noirs, et l’expulsion d’environ six mille, selon certains chiffres, de chez eux par des civils blancs.
  6. Arthur W. Little, From Harlem to the Rhine: the Story of New York’s Colored Volunteers, New York, Civici / Friede, 1936, p. 141.
  7. Gérard Conte, « Jim Europe et les Hellfighters », Jazz hot, n°243, octobre 1969, p. 8-9.
  8. Cité in Chris Goddard, Jazz Away From Home, New York & London, Paddington Press Ltd, 1979, p. 13-14 (interview de l’auteur, ma traduction).
  9. Voir par exemple cet éditorial de The Crisis, organe de la NAACP dirigée par W.E.B. DuBois, en mai 1919 : « Nous revenons. Nous revenons du combat. Nous revenons pour combattre. Lutter pour la Démocratie ! Nous l’avons sauvée en France, et par le Grand Jehovah, nous la sauverons aux Etats-Unis » (cité in Tylor Stovall, Paris noir.  African Americans in the City of Light, New York, Houghton Mifflin Company, 1996, p. 28, ma traduction).
  10. Arthur W. Little, « The Black Man in the Revolution of 1914-1918 », The Crisis, 1919, p. 132, cité par William A. Shack, Harlem in Montmartre. A Paris Story Between the Great Wars, Berkeley, University of California Press, 2001, p. 20.

Une réponse à 8. Des flons-flons africains-américains (1917-1919)

  1. Ping : Sources – Say What

Les commentaires sont fermés.