1. De la scène au studio : Maurice Chevalier et Charles Trénet (1937-1938)

Partition éditée en 1943

Partition éditée en 1943

[166] La vogue de la chanson « swing », lancée en 1939 par Johnny Hess, marque l’avènement conjoint de la catégorie de « musique de la jeunesse » et des vedettes du disque et de la radio (qui succèdent à l’âge des vedettes de la scène). Ces deux versions de la chanson Y’a d’la joie – sur lesquelles Rémy Campos a judicieusement attiré mon attention – permettent d’illustrer ce moment charnière. La première est enregistrée en 1937 par Maurice Chevalier, vedette du music-hall alors au faîte de la gloire, et la seconde en 1938 par Charles Trénet, qui entame avec ce tube une carrière en solo de vedette du disque, après avoir connu ses premiers succès d’estime grâce à son duo de chansons jazzées avec Johnny Hess 1. L’interprétation « discographique » de Trénet suit strictement la partition et se concentre sur les effets acoustiques de la prise de son, quand l’interprétation « scénique » de Chevalier tente de faire entendre une prestation de music-hall à travers l’enregistrement en studio : passages quasi-parlés, fortes variations de volume et de diction, ruptures avec le fil de la partition…

Charles Trénet, Y’a d’la joie, 1938

  1. Ecrite en 1936 par Charles Trénet, la chanson est apportée par l’éditeur Raoul Breton à Maurice Chevalier, qui l’interprète pour la première fois le 10 février 1937 au Casino de Paris, puis l’enregistre et lui assure ainsi un grand succès. En septembre, Chevalier invite Trénet à la chanter sur scène, puis il le fait engager en première partie de Lys Gauty au Théâtre de l’ABC, lançant ainsi sa carrière en solo.