8. Le déploiement du Hot Club de France dans l’édition et la production (à partir de 1948)

America 1947

L’une des premières apparitions de l’équipe du HCF au-delà de la presse spécialisée, dans la prestigieuse revue America, aux côtés de Sartre, Cocteau, Dubuffet, Léger, Magritte

[202] A partir de 1948, le Hot Club de France dirigé par Charles Delaunay est parvenu à s’imposer comme le passage obligé pour tout ce qui touche au jazz : les éditeurs et les maisons de disques se tournent désormais presque exclusivement vers lui et ses membres lorsqu’il s’agit de trouver un expert en la matière. Les années 1950 sont ainsi celles du déploiement des réseaux du HCF dans le monde éditorial et discographique – ainsi qu’à la radio, mais l’offre y est à la fois centrale (des émissions désormais aux heures de grande écoute) et limitée (avec le monopole de la Radiodiffusion française, puis l’arrivée d’Europe n°1 en 1955) : Hugues Panassié, Charles Delaunay, André Francis, Jack Diéval, puis Michel de Villers, André Clergeat, Jean-Louis Ginibre, Henri Hubert, Philippe Koechlin, Lucien Malson (qui ouvre un Bureau du jazz à la RTF en 1961), Jean-Robert Masson, auxquels il faut ajouter Frank Ténot et Daniel Filipacchi et leur émission quotidienne très suivie « Pour ceux qui aiment le jazz » 1.

Dans l’édition : André Hodeir, Le jazz, cet inconnu, préface de Charles Delaunay, Paris, Editons France Empire, 1945 ; André Hodeir, Introduction à la musique de jazz, Paris, Librairie Larousse, coll. « Formes, écoles et œuvres musicales » dirigée par Norbert Dufourcq, 1948 ; André Hodeir, Hommes et problèmes du jazz, préface de Bernard Peiffer, Paris, Flammarion, 1954 ; Robert Goffin, Louis Armstrong, le roi du jazz, Paris, Seghers, 1947 ; Michel Dorigné, La guerre du jazz, préface de Charles Delaunay, Paris, Errol Buckner, 1948 ; Gaston Criel, Swing, préface de Jean Cocteau, Paris, Editions universitaires de France, 1948 ; Lucien Malson, Les Maîtres du Jazz, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1952, 3e rééd. dès 1960 ; Barry Ulanov, Le livre du jazz, Paris, Buchet-Chastel / Corrêa, 1955 ; W. Broonzy, Y. Nruynoghe, Big Bill Blues, Paris, Barclay, 1956 ; Barry Ulanov, Le livre de poche du jazz, Paris, Le Livre de Poche, 1957 ; André Francis, Jazz, Paris, Seuil, 1958 ; Stephen Longstreet, Encyclopédie du jazz, adapté en français par Jacques Bureau, Paris, Aimery Somogy, 1958 ; Joachim-Ernst Berendt, Le jazz des origines à nos jours, préface de Lucien Malson, Paris, Payot, 1963 ; André Clergeat, Dictionnaire du jazz, Paris, Seghers, 1966.

Charles Delaunay et Thelonious Monk dans les coulisses de la salle Pleyel en 1954 (Marcel Fleiss)

Charles Delaunay et Thelonious Monk dans les coulisses de la salle Pleyel en 1954 (Marcel Fleiss)

En ce qui concerne les publications extérieures aux réseaux du HCF des années 1950 : Louis Armstrong, Ma vie : ma Nouvelle-Orléans, Paris, Julliard, 1952, trad. par Madeleine Gautier (paru ensuite aux Etats-Unis en 1954) ; Hugues Panassié, Discographie critique des meilleurs disques de jazz, Paris, Robert Laffont, 1955, rééd. 1958 ; Nat Hentoff et Nat Shapiro, Ecoutez-moi ça, Paris, Corrêa, 1956, trad. de Hear Me Talkin’ To Ya paru aux Etats-Unis en 1955 ; Alan Lomax, Mr. Jelly Roll. Les aventures de Jelly Roll Morton, créole de la Nouvelle-Orléans et inventeur du jazz, préface de Simp Copans, Paris, Flammarion, 1964 (paru aux Etats-Unis en 1950).

Dans l’industrie du disque, les informations sont plus difficiles à rassembler. Frank Ténot est embauché en 1951 par René Cacheux, des disques Pacific, pour s’occuper de la licence d’exploitation pour la France du catalogue Capitol. En 1954, le contrat de licence est rompu, et il est embauché par Ducrétet-Thomson, où il réalise quelques enregistrements originaux avec des vedettes étatsuniennes et des musiciens français. Il travaille aussi pour le Club du Disque (par exemple, une anthologie du gospel) et à l’occasion pour Philips. En 1954, Jean-Paul Guiter, associé à Jean-Louis Mialy en 1958 (tous deux anciens membres au HCF), créent un département « jazz » chez Pathé-Marconi. Pacific confie en 1955 son secteur « France » à André Clergeat (membre du HCF), qui passe ensuite chez Vogue. La même année, Boris Vian est sollicité par Jacques Canetti (Philips) pour produire des anthologies de jazz. Il passe chez Barclay quelques mois avant sa mort en 1959. Marcel Romano enregistre des musiques de film « jazz » pour Fontana à partir de 1959. La même année, Kurt Mohr (collaborateur de Jazz Hot) entre chez Odéon, bientôt remplacé par Henri Renaud qui a déjà réalisé des enregistrements pour Vogue, et qui prend en 1963 la direction du département « jazz » de CBS-France (alors dirigé par Jacques Souplet, qu’on retrouvera plus loin). En 1960, François Postif entre chez Polydor, et en 1962, Jean Tronchot entre chez Philips (ils sont tous deux collaborateurs de Jazz Hot).

En 1954, les réseaux du HCF se trouvent enfin à l’origine de l’Académie du Jazz, destinée à décerner des prix annuels. Frank Ténot, Boris Vian, André Francis, André Clergeat et François Boncour (tous collaborateurs de Jazz Hot) s’associent ainsi Sim Copans (producteur des émissions de jazz à la Radiodiffusion Française), Pierre Drouin (Le Monde), Jacques André (Combat), Huguette Arquer (Le Figaro), Pierre Besson (avocat et président du Cercle des amis de Fats Waller), Guy-Vincent Heugas (Pathé-Marconi), et les musiciens Pierre Fouad, Jacques Hess, Maxim Saury et Arthur Briggs. Jean Cocteau est président d’honneur ; Henri Sauguet, Georges Auric et Frank Bauer, membres d’honneur. L’année suivante, Jacques Becker (cinéaste) est sollicité, puis treize nouveaux membres en 1956, dont Charles Delaunay et cinq autres collaborateurs de Jazz Hot.

  1. Pour le disque et la radio, je m’appuie essentiellement sur les recensions de Ludovic Tournès, New Orleans sur Seine. Une histoire du jazz en France, Paris, Fayard, 1999.