3. De nouvelles missions pour le Hot Club de France (1945)

Jazz Hot (nouvelle série), n°1, octobre 1945

Jazz Hot (nouvelle série), n°1, octobre 1945

[181] Dans l’éditorial du 1er numéro de Jazz Hot à paraître après la Libération, Hugues Panassié fait retour sur les activités passées du Hot Club de France et sur les missions qu’il doit s’assigner dorénavant 1. Il ne s’agit plus de promouvoir la doctrine du jazz hot mais, face au succès public qu’il rencontre désormais, de purifier ses expériences (en disqualifiant les « mauvaises » manières de l’apprécier) et de professionnaliser ses musiciens (en « élevant » leur niveau). Extraits synthétiques.

« On sait que le jazz a vu le jour aux Etats-Unis. Mais c’est en Europe que lui furent donnés ses titres de noblesse » : des « intellectuels » s’y sont « intéressé », puis « les véritables promoteurs se consacrèrent à son étude et à sa diffusion ». Panassié cite l’article d’Ernest Ansermet sur le Syncopated Orchestra en 1919, le livre de Robert Goffin, Aux frontières du jazz, paru en 1932, et le « premier ouvrage définitif », Le Jazz Hot paru en 1934 et signé Hugues Panassié, « reconnu universellement comme le promoteur indiscuté du jazz ». Le HCF en 1932, puis en 1935 la Fédération Internationale des Hot Clubs (présidée par Panassié et dirigée par le critique étatsunien Marshall Stearns), auraient ainsi réuni « les purs sympathisants » alors que le jazz ne présentait encore aucun intérêt aux yeux des « businessmen ».

Le pavillon du 14 rue Chaptal et ses 120m² (3 étages et une cave)

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A partir de mars 1935, Jazz Hot a promu la « véritable musique de jazz » alors que la presse de l’époque était « davantage guidée par des nécessités commerciales que par une esthétique musicale rigoureuse », se contentant d’aligner « faits divers, potins de la corporation, enquêtes journalistiques, orchestres et musiciens en vogue » (référence implicite à Jazz Tango Dancing, ainsi qu’au Melody Maker anglais et au Metronome étatsunien). Le public, quant à lui, n’avait encore « aucun intérêt bien défini pour les musiciens de jazz sincères ou les orchestres de qualité comme Fletcher Henderson ou Lunceford », et « croyait à l’existence de divers genres », préférant généralement le jazz straight et non le hot. Les membres du HCF étaient donc « insensés » en soutenant exclusivement le jazz hot.

« Aujourd’hui, la question est bien différente. Nos idées ont triomphé, nous avons, pendant l’occupation, maintenu l’idéal du jazz, et la cause est aujourd’hui gagnée. Aussi voyons-nous apparaître une nuée de parasites ». C’est qu’en réalité, le combat continue, mais autrement : « si l’on ne discute plus la valeur de notre musique, il faudra encore lutter contre les influences nocives du mercantilisme ». Ainsi, est-il annoncé, « nous manifesterons notre influence bienfaisante sur la production des enregistrements », sur la diffusion radiophonique du jazz et sur les tournées d’orchestres, mais aussi « en créant l’émulation chez les musiciens français par la découverte de nouveaux talents et par le stimulant des meilleurs artistes étrangers », amplifiant ainsi l’effort fait pour les amateurs et « l’éclosion des talents de demain » à travers les tournois d’orchestres amateur.

  1. Hugues Panassié, « Editorial », Jazz Hot, 11e année, n°1, octobre 1945, p. 3.