6. Instants chavirés de l’ancienne à la jeune avant-garde (1991-2001)

Zhivaro

Zhivaro : D. Levallet, J. Mahieux, H. Texier, G. Marais, C. Barthélémy, S. Kassap (© Guy Le Querrec / Magnum)

[332] Une grande partie de la programmation d’Instants Chavirés sollicite des réseaux constitués de musiciens, d’abord issus de l’avant-garde consacrée (Zhivaro, Transes Européennes, Incidences) puis formés par des « bandes » de la jeune avant-garde que le club contribue à établir (Astrolab, Hask, Mercoledi). En complément de l’analyse proposée dans l’ouvrage, chacun de ces collectifs est ici décrit.

Le collectif Zhivaro est constitué en 1987 de six des musiciens les plus réputés de l’avant-garde consacrée, parmi les têtes de proue de la scène du Dunois : Henri Texier, Gérard Marais, Jacques Mahieux, Didier Levallet, Sylvain Kassap, Claude Barthélémy. A Instants Chavirés, les 15 soirées « Zhivaro » sauf une (avril 1991-février 1995) comportent un ou deux invités, prélevés pour 3 d’entre eux parmi la jeune garde (Julien Lourau dès juin 1991, Guillaume Orti en mars 1992, Steve Arguëlles en mai 1994), et surtout 19 parmi les réseaux constitués avant ou surtout avec le Dunois : Gunter Sommer, Jean-François Canape, Michel Godard, Christian Lété, Glenn Ferris, Jacques Di Donato, Steve Lacy, Michael Riessler, Jean-Luc Ponthieux, Manuel Denizet, Jacques Bolognesi, François Corneloup, André Jaume, Aldo Romano, Jacques Veillé, Philippe Deschepper, Daunik Lazro, Han Bennink, Evan Parker.

Le collectif Zhivaro ne constitue pas une « bande » à proprement parler puisque chacun de ses membres développe individuellement sa carrière et ses réseaux de partenariats. Il s’agit plutôt d’une sorte d’amitié professionnelle durable forgée dans l’appartenance générationnelle, le partage du cadre esthétique des « musiques improvisées européennes » comme prolongement de l’histoire du jazz et, aussi, l’affinité politique. Le collectif est ainsi délibérément créé pour prolonger l’esprit du Dunois après le ralentissement sensible de sa programmation en juin 1987, car il permet à ses membres de se retrouver sur scène régulièrement 1. Au titre de cet esprit, l’organisation de soirées « contre le racisme » ou « anti-fascistes » mobilisent les réseaux étendus des membres du collectif. La première identifiée date du 6 février 1991, une « Nuit du jazz contre le fascisme » organisée au théâtre Rutebeuf de Clichy-sur-Seine dans le cadre d’un appel de Ras l’Front, « Le temps de la contre-offensive est venu ». Cet appel visait à élargir l’« Appel des 250 » lancé en mai 1990, qui avait débouché sur la création de l’organisation de lutte contre le Front National. La connexion initiale avec Zhivaro date du festival Nancy Jazz Pulsation de 1990, où le collectif nancéien de l’« Appel des 250 » organisait une campagne de signatures. Parmi les musiciens : Eric Barret, Marc Ducret, Hélène Labarrière, Dominique Pifarély, Patrice Caratini, Louis Sclavis, Joachim Kühn, Glen Ferris… Parmi les journalistes : Arnaud Merlin, Fara C., Sylvain Siclier, Jean-Claude Quéroy, Sylvain Garel… Le journal Ras l’Front (n°3, janvier-août 1991) précise : « comme dans le cas des musiciens, beaucoup de signataires (nouveaux ou anciens) n’ont pu se libérer pour la soirée tout en manifestant leur soutien. Ce fut le cas de Alain Gerber, Francis Marmande, Philippe CarIes, Xavier Prévost, Denis-Constant Martin et du cinéaste et critique Jean-Louis Comolli ».

Transes Européennes a été créé en 1984 en tant qu’association de gestion d’un orchestre à géométrie variable dirigé par Pablo Cueco et Patricio Villaroel. Tous deux sont d’anciens membres du Machi Oul Big Band (mené par Manuel Villaroel, le frère de Patricio) et du Dharma (comme Jacques Mahieux et Gérard Marais du collectif Zhivaro), c’est-à-dire des collectifs de free jazz du début des années 1970. L’orchestre Transes Européennes est transformé en label discographique en 1990, d’abord avec le soutien d’une subvention de fonctionnement du Ministère de la culture, puis en tant que collection de l’éditeur Buda Musique spécialisé en musiques du monde à partir de 1994. Une partie des musiciens du label se produit aussi en musique contemporaine, comme interprète voire comme compositeur.

Telle qu’elle apparaît dans la programmation d’Instants Chavirés, la bande Transes Européennes compte 32 musiciens au total, dont une quinzaine est récurrente. Ses contours sont incertains puisqu’ils ne sont pas liés à l’appartenance à une association ou à un collectif stable, mais aux liens récurrents de son noyau tels qu’ils sont mobilisés pour les enregistrements et les concerts (concerts dont une partie consiste en la présentation publique des sorties discographiques du label). Outre les anciens consacrés de la génération de Cueco et Villaroel, il rassemble des musiciens des générations suivantes, y compris des membres de la jeune avant-garde (mentionnés ci-dessous en italiques), qui apparaissent dès février 1992 : Pablo Cueco, Patricio Villaroel, François Tusques, Siegfried Kessler, Sylvain Kassap, Michaël Nick, Claude Tchamitchian, Philippe Deschepper, Mirtha Pozzi, David Rueff, Christian Nicolas, Bruno Girard, Jacques Veillé, Alex Grillo, Denis Cugniot, Nano Peylet, Denis Colin, Henri Tournier, Renaud Garcia-Fons, François Bedel, Jean-Luc Cabozzo, Ramon Lopez, Jean-François Roger, Didier Petit, François Costello, Lionel Dublanchet, Julien Lourau, Sébastien Texier, Eric Borelva, Noël Akchoté, Thierry Madiot.

Les 20 soirées que le label organise à Instants Chavirés s’étalent d’avril 1991 à juin 1995 – en réalité mai 1994, puisque les quatre dernières soirées, consécutives, sont les seules de la saison 1994-95, et marquent une sorte de point final des collaborations de la bande au titre de l’appartenance à l’écurie du label, avec l’enregistrement public du duo Pablo Cueco / Patricio Villaroel (point final qui correspond à l’association du label avec Buda Musique). Les musiciens de la bande continuent néanmoins à se produire au club dans d’autres configurations, dans des proportions contrastées : les plus présents sont ceux qui collaborent (et donc intègrent) les réseaux de la scène des Instants en lien notamment avec les labels NATO et In Situ – Cueco, Villaroel, Nick, Deschepper, Grillo, Colin, Lopez, Petit, et les jeunes soulignés en italiques excepté Julien Lourau.

Le collectif Incidences rassemble quant à lui 12 anciens consacrés et jeunes entrants : Sylvain Kassap (qui est aussi membre des deux collectifs précédents), Michel Godard, Jean-Marc Padovani, Dominique Pifarély, Gérard Siracusa, pour les anciens, et François Corneloup, Manuel Denizet, Hélène Labarrière, Yves Torchinsky, Franck  Tortiller, pour les plus jeunes. Le collectif a été créé fin 1990 sur une base territoriale : tous ses membres habitent Montreuil, et obtiennent une subvention du Conseil général de Seine-Saint-Denis pour organiser des concerts et des stages d’enseignement. C’est à ce titre que le collectif s’installe en résidence à Instants Chavirés durant un an, de la soirée d’inauguration du club (2 février 1991) au 11 décembre 1992, pour 11 soirées au total.

Parmi les extraits d’entretiens et d’articles de presse qui mettent en scène le lien de filiation entre le Dunois et Instants Chavirés, on peut citer les deux plus significatives. Benoît Delbecq, l’un des membres de la jeune avant-garde, revient ainsi en 1999 sur son passé face à la journaliste Sabine Moig : « On a créé les Recyclers avec Noël Akchoté. Il est juste de dire que cet orchestre est né de la scène des Instants Chavirés qui est apparue salutairement au début des années 90, dans un prolongement de l’ancienne scène du 26 rue Dunois, mais avec des musiciens de notre génération ou en compagnie d’aînés défricheurs » (Jazzosphère est un magazine en ligne). Un musicien qui n’a pas vécu la période du Dunois peut ainsi percevoir la filiation, et la revendiquer à titre collectif (puisqu’il se présente dans ses notices biographiques comme un membre de l’avant-garde).

Cette filiation n’empêche pas, on le voit, la démarcation d’avec les anciens, ce qu’atteste aussi Didier Levallet depuis le point de vue opposé. Lors de notre entretien, après avoir affirmé que « les gens du Dunois, on s’est retrouvé après un peu aux Instants Chavirés », il différencie les deux lieux en estimant que « les Instants Chavirés, c’est plus un lieu de programmateurs, ils font leur propre sauce… d’ailleurs leur refus de l’étiquette jazz m’agace » 2. Par « lieu de programmateurs », il faut entendre qu’il ne se retrouve pas dans la programmation du club comme il se retrouvait dans celle du Dunois – qui n’était pas moins le fait d’un programmateur, et non des musiciens, même si appuyé sur des réseaux musiciens, tout comme d’ailleurs Instants Chavirés. Cette opposition sur fond de filiation s’explique par la date des deux propos : ils interviennent après la stabilisation d’une « scène des Instants », qui a joué sur un double clivage générationnel et positionnel.

Le collectif Astrolab est fondé en 1991 par Noël Akchoté et Thierry Madiot pour organiser des concerts à Instants Chavirés. Il se produit la première fois le 12 novembre 1991 (soit après que chacun de ses fondateurs se soit produit deux fois avec ses propres formations, et qu’ils se soient rencontrés grâce au club), puis organise 24 soirées jusqu’en mai 1995. La stratégie du collectif est essentiellement réticulaire – au sens où il s’agit d’accumuler du capital spécifique, au pôle avant-gardiste, par le biais d’un travail de réseau, c’est-à-dire par le jeu des invitations. Sur les 56 invités, 13 appartiennent à deux bandes de jeunes talents (c’est-à-dire des musiciens qui accèdent rapidement à la réputation ) : l’une s’est constituée autour de Trash Corporation (Akchoté, Julien Lourau, Daniel Casimir, Eric Borelva, Dom Farkas) et du personnel enseignant de l’école de jazz EDIM (Akchoté, Christophe Marguet, Christophe Wallemme, Daniel Beaussier, Bojan Zulfikarpasic), et l’autre autour de Kartet puis du collectif Hask (Steve Arguëlles, Hubert Dupont, Guillaume Orti, Benjamin Henocq, Benoït Delbecq). Bien qu’un peu plus âgé, on peut y ajouter le guitariste Marc Ducret, probablement rencontré via le Label Bleu (qui sollicite aussi Akchoté, Lourau et occasionnellement Madiot), car s’il a acquis une réputation certaine, il change alors d’orientation esthético-professionnelle 3.

Thierry Madiot, grande trompe et trombone, Instants Chavirés, 2009 (film d’Emanuela Nelli)

La première bande a émergé des rencontres permises par le CIM (l’école de jazz fondée par Alain Guerrini), où Akchoté, Lourau, Zulfikarpasic, Marc Burofonsse et François Merville (pour ceux que j’ai pu identifier) ont pris des cours ou assisté à des stages ou master classes entre 1987 et 1989. Akchoté a alors déjà cumulé quelques certificats de compétence, en fréquentant en compagnie du guitariste Philippe Catherine les jam sessions des festivals de jazz patrimonial (par exemple auprès de la figure historique Chet Baker, avant 1988, c’est-à-dire avant ses vingt ans puisqu’il est né en 1968). C’est de ces rencontres qu’est né un premier quartet avec Burrofonse (qui opère le contact), Merville, Lourau et Akchoté. En 1990, Zulfikarpasic (arrivé à Paris et au CIM en 1988) remplace Akchoté avec qui il se produisait déjà dans les bars parisiens, et obtient le prix de meilleur soliste au concours de La Défense. Il est alors recruté par Henri Texier au sein de son Azur Quartet, cette connexion lui permettant ainsi qu’à Lourau et Akchoté (qui obtiennent un prix au même concours l’année suivante) d’être parrainé par la bande que figure Texier et que concrétisent les disques édités par Label Bleu 4.

Ces trois jeunes musiciens créent alors Trash Corporation, qui intègre rapidement Eric Borelva, Christophe Minck puis Dom Farkas et Daniel Casimir. Wallemme et Marguet étaient quant à eux enseignants depuis 1986 à l’EDIM, école de jazz créée en 1983 par Daniel Beaussier. En 1991, année où l’école obtient ses premières subventions (DRAC, SPEDIDAM, Ville d’Antony, Conseil général des Hauts-de-Seine), Akchoté et Zulfikarpasic intègrent eux aussi le personnel enseignant (6 soirées Astrolab sont organisées en co-production avec l’EDIM). La connexion entre cette bande et la deuxième (collectif Hask) de la jeune avant-garde (voir plus loin) est réalisée avec l’invitation de Kartet (formation qui constituera le noyau du collectif Hask) par le collectif Astrolab (12 septembre 1992). Elle fait suite à la sortie remarquée du premier disque de la formation en 1991 (intitulé Hask, paru chez Adda), et à l’invitation conséquente de Guillaume Orti par le collectif Zhivaro (3 mars 1992).

Astrolab est ainsi tourné vers la constitution de nouveaux réseaux de partenariats avec des « jeunes talents » attirés par l’expérimentation et la démarcation des musiciens établis. Mais Madiot et Akchoté complètent néanmoins cette stratégie, dès la deuxième saison, par la recherche de parrainages valorisants. Ils organisent d’abord des soirées d’hommages à des pionniers du jazz patrimonial et des musiques improvisées : Albert Mansgeldorff et Ornette Coleman (17 décembre 1991), Derek Bailey (24 mars 1992), Miles Davis et Gil Evans (12 mai 1992). Puis, à partir de mars 1992, ils invitent des musiciens de la génération précédente qui font partie des bandes Transes Européennes et Incidences (Jacques Veillé, Didier Petit, Michaël Nick, François Corneloup ainsi que Patricio Villaroel, le plus âgé). Ces invitations sont rapidement rendues puisqu’Akchoté et Madiot sont invités ensemble pour deux soirées Transes Européennes dans les mois qui suivent, puis pour une soirée Transes Européennes pour Akchoté et une soirée Incidences pour Madiot la saison suivante. Par la suite, ils se produisent individuellement, de façon régulière, avec des anciens rencontrés par ce biais.

Didier Petit et Noël Akchote le 17 octobre 2009 sur France Musique (A l’improviste)

Enfin, cette stratégie est parachevée avec les invitations de 11 anciens consacrés, dont 7 figures des musiques improvisées, à la faveur de projets élaborés en co-production avec des festivals. Après la prestation d’Akchoté (sans Madiot) avec Henri Texier et Tony Rabeson le 15 décembre 1992, puis celle de Madiot (sans Akchoté) avec Claude Tchamitchian le 12 février 1994 (musiciens liés notamment au Label Bleu), ils invitent Derek Bailey, Joëlle Léandre et Georges Lewis dans le cadre d’une coproduction entre Instants Chavirés et le festival Banlieues Bleues, puis Derek Bailey, Henri Texier et Louis Sclavis dans le cadre d’une coproduction entre Instants Chavirés et le festival Musique Action de Vandœuvre-lès-Nancy, puis enfin Alfred Spirli et Paul Rogers.

Le collectif Hask est quant à lui créé en 1993. Il regroupe Guillaume Orti, Benoît Delbecq, Hubert Dupont, Benjamin Henocq, Stéphane Payen et Steve Arguëlles. Il a été constitué à partir de Kartet, un orchestre formé en 1990 par les quatre premiers lors d’une résidence subventionnée d’artistes à Marseille, et dont le premier disque, Hask, a été mis en avant par la critique spécialisée. A l’inverse d’Akchoté et Madiot, les membres du collectif sont dotés de diplômes scolaires et de certificats professionnels prestigieux. Ainsi, Hubert Dupont, né en 1959 à Lyon, a intégré, après des études d’ingénieur, la classe de contrebasse de l’ENM de Villeurbanne puis celle de l’Association pour l’Information Musicale en Rhônes-Alpes (AIMRA, une école de jazz réputée). Il a aussi déjà effectué un certain nombre de stages valorisants (puisqu’ils sont sélectifs) avec des vedettes internationales : Bill Dobbins, Don Cherry, Steve Swallow, puis Miroslav Vitous, Dave Holland et Jean-François Jenny-Clarck (il prend un an de cours avec ce dernier). Il s’installe à Paris en 1989, où il rencontre les membres de Kartet.

Benoît Delbecq, né en 1966 à Saint-Germain-en-Laye, commence le piano à  six ans avec des professeurs privés (en jazz à partir de 1981). David Lacroix, son beau-frère qui est aussi compositeur de musique contemporaine, l’emmène aux concerts de l’IRCAM et lui fait écouter musiques contemporaines, improvisées et expérimentales, puis lui conseille en 1983 de s’inscrire à l’IACP. Encore lycéen, il se produit avec les formations de l’école et gagne son argent de poche dans les piano-bars de l’ouest francilien. En 1987, il s’inscrit au Conservatoire de Cachan pour parfaire sa technique classique, puis à celui de Versailles pour se former à l’analyse musicale et à la composition contemporaine avec Solange Ancona, une professeure réputée. Il rencontre Guillaume Orti, né en 1969 près de Marseille, lorsqu’en 1989 ce dernier s’installe à Paris pour se professionnaliser comme saxophoniste. Ils obtiennent ensemble une bourse valorisante grâce au parrainage de Steve Lacy (rencontré à l’IACP). Il s’agit d’un stage à la Banff School of Fine Arts (Canada) où officient Steve Coleman, Muhal Richard Abrams et Dave Holland, soit trois pointures internationales : Steve Coleman a fondé en 1984 le collectif M-Base (pour Macro-Basic Array of Structured Extemporization) et Muhal Richard Abrams fut l’un des fondateurs de l’AACM de Chicago, deux collectifs qui servent ainsi de modèle aux membres de Hask. Lors du stage, Delbecq et Orti rencontrent Joe Carver et Steve Arguëlles, jeunes talents londoniens, qui viennent s’installer à Paris en 1992 à l’occasion du premier disque de Paintings (composé de ces quatre musiciens).

C’est qu’entre-temps, Delbecq obtient le financement par les conseils Général et Régional d’une résidence à La Ciotat entre octobre 1990 et juillet 1991 : elle est l’occasion pour lui, Orti, Dupont et Benjamin Henocq de former Kartet 5 et de travailler un répertoire de façon intense et continue, qui aboutit au disque Hask en 1991 (label Deux Z). Il est d’emblée remarqué par la critique, et c’est alors que Kartet et ses membres apparaissent à Instants Chavirés (invités par Astrolab, et par Zhivaro pour Orti, comme on l’a vu). C’est aussi au cours de cette résidence marseillaise qu’ils rencontrent Gilles Coronado, né à Avignon en 1966, qui les accompagne lors de leur retour à Paris en 1991. L’année suivante, il fait lui aussi un stage à la Banff School, puis participe à la fondation de Hask. Parmi les membres de ce dernier, il faut ajouter enfin Stéphane Payen (né en 1972) : il prend des cours avec Delbecq, puis intègre le collectif à son retour d’une année de formation à la Berklee School of Music de New York en 1993.

  1. Entretien avec Didier Levallet, 9 janvier 1998 ; Sylvain Kassap, journal de terrain, 27 novembre 1999.
  2. Entretien avec Didier Levallet, 9 janvier 1998.
  3. Né en 1957, il est devenu musicien professionnel dès 1975, puis a été recruté par Patrice Caratini (Onztet) et François Jeanneau en 1986 (dans le 1er ONJ). Il obtient les prix Django Reinhardt en 1987, Jazz Hot en 1988 et SACEM en 1989, et publie trois disques en leader sur le Label Bleu (1987, 1989, 1990). Au début des années 1990, et après avoir déjà « tout » obtenu dans le champ du jazz, il s’installe aux Etats-Unis et investit l’avant-garde expérimentale, faisant notamment partie des orchestres et projets de la figure new-yorkaise Tim Berne entre 1991 et 1995.
  4. Le Label Bleu se présente comme la vitrine d’une « identité du jazz en France » et a le statut (rare) de filiale d’édition discographique de la Maison de la Culture d’Amiens, mise en place par Michel Orier en 1984 (lui-même devenu directeur de cette Maison de la culture de 1996 à 2000, et de la Commission « jazz et musiques improvisées » réactivée en 1997 dans le cadre de la Commission nationale des musiques actuelles, elle-même présidée par Alex Duthil. Les musiciens enregistrés par le Label Bleu sont souvent perçus comme les figures d’un « jazz français » issu de l’avant-garde des années 1970 consacrée dans les années 1980, quand bien même ils en récusent parfois l’étiquette.
  5. Henocq (né en 1966, rencontré par Delbecq à l’IACP) est remplacé par Chander Sardjoe en 1996, après le succès de son nouveau groupe Prysm.