12. Les labels In Situ et NATO à Instants Chavirés (1991-2001)

nato in situ[341] In Situ est créé par Didier Petit en 1990, après qu’il a quitté ses fonctions d’administrateur de l’IACP (l’école qu’avait fondée et dirigée jusqu’en 1987 Alan Silva). Il sollicite Instants Chavirés pour fêter ses trois ans d’existence, et organise ainsi trois soirées en avril 1993, avec des improvisateurs liés auparavant à la scène du Dunois, mais qu’on peut dire restés en marge de la consécration par les circuits subventionnés : Sakis Papadimitriou, Daunik Lazro, Carlos Zingaro, Jean Bolcato, Frédéric Firmin, Alan Silva, Roger Turner, Johannes Bauer, Michel Doneda, Ninh Lê Quan. L’opération est renouvelée sur le même principe en septembre 1995 à travers trois soirées avec Jean-François Pauvros, Arnaud Petit, Jean-Marie Maddeddu, Daunik Lazro, Michaël Nick, Michel Doneda, Raymond Boni, Ninh Lê Quan. Puis en octobre 1996, Guillaume Orti (du collectif Hask) dirige trois soirées d’enregistrement en public avec pour l’essentiel des musiciens jeunes, publiées par In Situ, avec Guillaume Orti, Pascale Labbé, Thierry Madiot, Pierre Bernard, Gilles Coronado, Marc Ducret, Norbert Lucarain, Noël Akchoté, Paul Rogers, Gilbert Roggi, Sophie Agnel 1.

Didier Petit et Malcolm Goldsetin le 22 mai 2009, disquaire Le Souffle Continu (Bernard Ducayron et Théo Jarrier)

Le label Nato est quant à lui dirigé depuis 1980 par Jean Rochard, qui a créé aussi le festival de Chantenay-Villedieu en 1979 et le magazine Jazz Ensuite en 1982 et qui conseillait la programmation du Dunois – c’est donc un acteur-clé de la « scène du Dunois », celle de l’avant-garde consacrée, dont il s’éloigne pourtant à la fin des années 1980 après la fermeture du Dunois. Rochard se consacre en effet exclusivement au label, et en développe les connexions avec la scène des musiques improvisées anglaises (Tony Coe, Lol Coxhill…) ou le jazz-rock étatsunien (Tony Hymas notamment). En février 1995, Instants Chavirés confie, par la médiation d’Akchoté 2, la programmation de trois soirées au label, qui sollicite des improvisateurs entrés sur le marché dans les années 1960, 1970 ou 1980 mais restés en marge de la consécration au sein des circuits subventionnés (Michel Doneda, Tony Hymas, Jean-François Pauvros, Jac Berrocal, Jacques Thollot, Jean-François Jenny-Clarke, Tony Coe, Steve Beresford, Yves Robert, Lol Coxhill) et quelques jeunes découverts à Instants Chavirés (Steve Arguëlles, Benoît Delbecq, Hélène Labarrière, Noël Akchoté, Eric Borelva). Si certains des anciens ont déjà été programmés ponctuellement par le club, leur apparition simultanée, et délibérément présentée par Jean Rochard comme celle des marginaux de la consécration (dont il fait partie), incite Instants Chavirés à exploiter leurs réseaux. Le rapprochement d’Instants Chavirés avec NATO et ses réseaux est scellé, on l’a vu, par la co-organisation du « Concert de soutien aux sans-papiers » du 16 novembre 1996. Rochard et son label sont explicitement engagés à l’extrême gauche, d’orientation libertaire. L’un des principaux succès critique et commercial du label est un hommage à Buenaventura Durruti, figure anarchiste de la guerre civile espagnole de 1936, sorti le 20 novembre 1996 3.

  1. ICIS [pour Instants Chavirés In Situ], In Situ 167-169, 1997.
  2. Il avait participé dès 1992 au deuxième disque signé Tony Hymas et Barney Bush (poète native american, l’un des porte-paroles de la Nation Shawnee), Remake of the American Dream (Nato, 1992). Il apparaît régulièrement dans les productions du label à parti de Mike Cooper, Island Songs, Nato, 1995 (enregistré en 1994).
  3. Collectif, Buenaventura Durruti, HM 777 733, 1996. Le projet est initialement lié aux soixante ans de la mort de Durruti, pas encore aux luttes de sans-papiers, mais la concordance assure au disque une couverture critique large.